Les frelons et les mouches à miel – Jean de La fontaine (en créole)

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Cette version des fables de La Fontaine travesties en patois créole furent imprimées à la Martinique, pour la première fois, en 1846. Vous trouverez plus bas la version en langue française.

LES FRELONS ET LES MOUCHES A MIEL

Yo trouvé, you cètain jou
Dé ou trois cassave bon miel
Yo fè mandé tout-patout
Pou Lé coimaîte qui lequel
Qui té pèdi ça. Vouélà
Guêpe rivé. Yro dit c’était
Bagage yo. — Faut ranne Césa
Ça qui ta li, dit Bon Gué. —
Yo dit guêpe : « Si c’est la zott.
Prend. » Mais vouélà t y pas d’autt
Qui rivé pou yo mandé
Miel là tou. Les autt c’était
Mouche-à-miel. Yo soutini
C’était yo qui té pèdi
Miel là. Ça fè yon procès
Plaidé lacaze jige-di-paix,
Qui té dans yon lembarras
Pou save ça qui te tini liaison.
Pendant procès là,
Témoin vini dit comca
Yo Lé voue li zanimaux
Té ka sôti dans sirop
Qui té dans ces cassave là ;
Yo touLt, coin yo té ni zaile,
Té sam li ychc mouehe-à-iniel.
Mais guêpe l’é voué Lé yclie yo
Yo Lé ineLLé dans sirop
Pou empêché yo crié.
Jige-di-paix, embarrassé,
Renvoyé yo à huitaine.
Pou d’autl témoin Lé paie.
Yo vini combeu douzaine
Zanimaux, LouL les côLé.
Après yo loutt té fini,
,lige-di-paix Lé ka demi,
Yon moucho-à-nriel dit : « Zenfant,
Mais pas bousoiu au Lan t gens
Pou dit ça qui ni raison.
Moin connaîte yon hou façon.
Coûté, missiô jige-di-paix ;
Si ou Lé ka ordonné
Nous travaille don vaut témoin,
Ou pas ka lé ni bousoin
D’autt prève pou ou jigé nous.
Ça qui va save le doudoux,
Bien su c’est yo qui pèdi
Cassave miel là yo trouvé. »
Guêpe pas té lé consenti
Fè ça mouche-à-micl té vlé.
Ça fè, missié jige-di-paix
Voué c’est save yo pas Lé save.
Li ordonné pou yo ranne
Baille mouche-à-miel les cassave.
El pis guêpe payé lamanne. 

Ces fables furent imprimées à la Martinique, pour la première fois, en 1846. Elles avaient été composées, quelques années auparavant, pour récréer un petit cercle d’amis; mais ceux-ci, avec toutes les aimables exigences auxquelles l’amitié donne un droit indiscutable , en demandèrent la publication. Il fallut céder à leurs instances, et le succès des Bambous fut d’autant plus grand que l’auteur y avait moins prétendu. Aujourd’hui, nous donnons suite à son projet en publiant de nouveau ces Bambous que l’opinion publique a déclarés dignes de survivre à leur autour l.

Moniteur de la Réunion, 1 novembre 1866. — Nécrologie de M. Marbot, commissaire de la marine, ordonnateur.

Les bambous : fables de La Fontaine, travesties en patois créole / par un vieux commandeur [François-Achille Marbot], Éditeur : E. Ruelle & C. Arnaud (Fort-Royal (Martinique) , Date d’édition : 1846

LES FRELONS ET LES MOUCHES A MIEL

 A l’œuvre on connaît l’artisan.
Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent ;
Des frêlons les réclamèrent.
Des abeilles s’opposant,
Devant certaine guêpe on traduisit la cause.
Il était mal-aisé de décider la chose :
Les témoins déposaient qu’autour de ces rayons
Des animaux aîlés, bourdonnans, un peu longs,
De couleur fort tannée, et tels que les abeilles,
Avaient longtemps paru.
Mais quoi! dans les frêlons
Ces enseignes étaient pareilles.
La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons,
Fit enquête nouvelle, et, pour plus de lumière,
Entendit une fourmillière.
Le point n’en put être éclairci.
De grâce, à quoi bon tout ceci?
Dit une abeille fort prudente.
Depuis tantôt six mois que la cause est pendante,
Nous voici comme aux premiers jours.
Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le juge se hâte :
N’a-t-il point assez léché l’ours?
Sans tant de contredits et d’interlocutoires ;
Et de fatras, et de grimoires,
Travaillons, les frêlons et nous.
On verra qui sait faire avec un suc si doux,
Des cellules si bien bâties.
Le refus des frêlons fit voir
Que cet art passait leur savoir ;
Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.
Plût à Dieu qu’on réglât ainsi tous les procès !
Que des Turcs en cela l’on suivît la méthode!
Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code ;
Il ne faudrait point tant de frais.
Au lieu qu’on nous mange, on nous gruge ;
On nous mine par des longueurs :
On fait tant, à la fin, que l’huître est pour le juge,
Les écailles pour les plaideurs. 

Fables de Lafontaine, illustrées de gravures sur bois / par Gavarny, E. Wattier, E. Bataille,… [et al.], Auteur : La Fontaine, Jean de (1621-1695), Éditeur : Victor Lecou (Paris), Date d’édition : 1851

 

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